Pourraient-ils éteindre Internet ?

C’est la révolution les ami(e)s ! Comme l’a dit notre grand porteur d’espoir timbré : “(…) Je milite depuis l’âge de 14 – 15 piges. J’me réclame des idées de la révolution et c’est la première fois que je vois ça, j’allais dire, en direct live. Moi, jusqu’à maintenant je militais dans un monde sans révolution. (…)”.

Mais chut, il ne faut pas que ça se sache. Alors, la population n’aurait plus accès à Internet (pour poster sur YouTube, Facebook ou Twitter), les téléphones portables seraient coupés, et les journalistes interdit de séjour. Et pendant ce temps là, bien planqués dans nos sofas, avec une bouteille de Coca dans une main, nos M&M’s dans l’autre, la tronche à Claire dans le grand tableau LED du salon, on commence à se dire que… oh mon Dieu, si ça se trouve, nous aussi on pourrait être privé de Facebook, de René La Taupe et du petit chat qui tombe du canapé. Mam’ Marie qui prends l’avion du pote au dictateur pour rejoindre sa villa/piscine ou le Roi des cons qui s’fait des vacances sur le yacht du vendeur de l’année de film plastique ultrafin, ça ne choque finalement pas grand monde. Mais penser qu’on n’aura plus accès à VDM… ça, ça fait peur.

Revenons cependant à la question initiale : pourraient-ils éteindre Internet ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord désacraliser un peu la bête. Internet c’est quoi ? Un ensemble d’équipements électroniques connectés les uns aux autres et entre lesquels transitent des informations. Quand on a dit ça, on voit bien qu’il “suffit” de couper l’électricité pour éteindre Internet. La chance qu’on a, c’est que le réseau ne sert pas qu’a la masse grouillante de consommateurs attentistes. Du coup, on a du mal à imaginer qu’un pays coupe tout ses services de communication de manière aussi brutale. Et tant qu’il y aura du téléphone ou des ondes radios pour les services de secours ou l’armée, on aura des communications informatiques possible. Après tout, Internet n’était au début qu’un réseau de communication de l’armée Américaine (ARPANET). Puis il s’est scindé en deux, un réseau strictement militaire (MILNET) et un réseau universitaire (NSFnet). De l’autre coté de l’Atlantique, le CERN mettait au point un système d’échange de pages électroniques par hyperlien. L’idée était séduisante et une connexion jusqu’à un labo Américain fut créée ; tadaaa, Internet était né. Il n’y avait plus qu’à attendre un peu que les vendeurs de saucisses entrevoient l’opportunité de s’engraisser un peu plus pour arriver à l’Internet que l’on connait aujourd’hui.

Tout ça pour dire quoi ? Plusieurs choses en fait.
Premièrement, ARPANET (et par extension Internet) est conçu pour résister à une attaque nucléaire des méchants russes dont on nous parle dans James Bond. Cela veut dire que le réseau est hautement redondant. Que les informations peuvent y être acheminées par plusieurs chemins indépendants les uns des autres. C’est encore le cas aujourd’hui bien que cela soit pour des besoins purement commerciaux : il ne faudrait pas que les mouvements bancaires soient bloqués ou que le store.apple.com soit indisponible trop longtemps… on ne pourrait plus acheter nos gadgets révolutionnaires !
Deuxièmement, n’oublions pas que dans “Internet”, il y a “inter” et “net(work)”. On s’en est bien rendu compte pour la connexion des trains du tunnel sous la manche : interconnecter des réseaux, c’est vachement classe mais ça demande une bonne synchronisation des états. Dans le cas d’Internet, la synchronisation est faite grâce, ou par l’intermédiaire en tous cas, des opérateurs téléphoniques. Ce sont eux qui ont la charge de maintenir l’infrastructure technique (les cables, …) et fonctionnelle permettant l’acheminement des tous les packets IP composant les communications Internet.
Enfin, il existe un dicton de g33k qui dit : “sans DNS, il n’y aurait pas d’Internet”. En fait, il ne faut pas oublier que sans électricité, il n’y aurait pas d’Internet. Et qui à la main sur la diffusion d’électricité ? Les entreprises de distribution, plus ou moins à la solde des états.

Comment fait-on donc pour éteindre Internet ? C’est simple, on envoie l’armée dans les locaux techniques du fournisseur national d’électricité et on coupe le jus. Si l’on veut faire un peu plus précis, on se contente d’envahir les locaux des opérateurs téléphonique et on leur demande poliment de couper les relais de communication public. Plus de téléphone fixe, plus d’ADSL, plus de téléphone portable, plus de 3G. Voilà, Internet est éteint ; en tous cas, sur le territoire géographique sur lequel cet état a des droits. Internet est toujours “on-line” sur l’ensemble des autres territoires géographiques…

Le schéma ci-joint décrit les interconnexions mise en place par un opérateur téléphonique au niveau mondiale. Sachant qu’il en existe plusieurs et qu’ils ne sont, à priori, pas liés entre eux et plus ou moins enclin à obéir à des gouvernements différents sous la pression de leurs armées et/ou de sanctions économiques, on se rends compte du maillage complexe qui compose Internet. En fait, ce qui nous sauve de l’extinction d’Internet, c’est essentiellement les divisions géo-politiques des états. Tant qu’ils ne seront pas tous d’accord entre eux, on est à peu prêt tranquille. Cependant, et on l’a bien vu récemment en Egypte, localement, c’est à dire au niveau d’un état, il est tout à fait possible d’éteindre Internet ; du moins pour la grande majorité de la population. Car en fait, il a été démontré lors de convention de hackers (les méchants pirates espions tout ça…) qu’on pouvait très bien monter son système de communication mobile pirate au dessus des réseaux officiels des opérateurs. De même, on pourrait très bien concevoir un Internet qui aurait comme vecteur les ondes radios amateurs des CiBistes. Certes, il deviendrait compliqué de s’envoyer des vidéos de Mémé qui se vautre pendant le mariage d’Isabelle et d’Yvan mais l’on serait tout à fait capable d’envoyer et recevoir des messages au format texte. De nos jours encore, les services de l’AFP envoient leurs dépêches sur des canaux à très faible débit ; on mettrait probablement plusieurs heures pour y faire transiter la super photo de nous devant les chutes du Niagara prise avec notre appareil photo numérique 12Mo-pixels ; mais pour envoyer 80 messages par minutes, c’est largement suffisant.

Pourraient-ils éteindre Internet ? Oui, c’est techniquement et politiquement possible de manière locale. Mais le feraient-ils ? Je pense que c’est la vraie question à se poser dans nos (commencez ici la diffusion sonore de votre hymne nationale préférée) pays “libres”, capitalistes et évolués où la liberté de l’Homme est un droit inaliénable et le consumérisme la preuve ultime de l’élévation sociale face à la masse grouillante des manants qui ne possède rien que leur faim et leur honneur.
Si effectivement nos gouvernements décidaient d’éteindre Internet, il est fort probable qu’on aurait autre chose à penser que mettre à jour nos status Facebook… En plus, si tu ne donnes pas aux gens des moyens simples de communications (simple, pour qu’ils l’utilisent), tu peux être sûr qu’ils se débrouilleront par eux-mêmes… Et là, non seulement tu as raté ton blackout mais en plus, tu ne maitrises plus rien… Il vaut bien mieux laisser le bon peuple s’endormir en utilisant des moyens de communications maitrisés que tu peux écouter et filtrer que de ne pas pouvoir savoir ce que tes consommateurs compte faire…

Allez, hauts les coeurs et continuez à Twitter mes pti pinsons ; c’est bon pour la démo-crass(i)e.

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